4. PATRIMOINE NATUREL ET BATI PAYSAGES

4.1. PATRIMOINE NATUREL

Erosion de la biodiversité

Le rôle de la Wallonie en tant que réservoir de biodiversité est loin d'être négligeable. Elle se situe en effet à la limite de plusieurs régions naturelles aux caractéristiques différentes, ce qui permet d'y observer des processus biologiques essentiels tels que l'adaptation ou la différentiation des espèces. En outre, de nombreuses espèces trouvent dans les effectifs présents dans la région une fraction significative de l'ensemble de leur population et de nombreux migrateurs (oiseaux et chauves-souris) y hivernent.

Les milieux forestiers abritent 25% des espèces. L'espace rural ouvert et les milieux urbains en totalisent 30%. Quant aux milieux aquatiques, aux marais, aux carrières abandonnées, aux escarpements rocheux, aux pelouses et aux landes sèches, ils contiennent 44% des espèces alors qu'ils n'occupent que des surfaces réduites du territoire.

Depuis plusieurs années, le constat général est l'érosion constante de la biodiversité en Wallonie : on estime que 5 à 15% des espèces ont disparu et que 30 à 50% sont en régression. On observe globalement une uniformisation et une banalisation des communautés végétales et animales.

Les principales causes de l'érosion de la biodiversité ont été maintes fois décrites. Il s'agit d'une part de l'évolution rapide des modes d'occupation et d'utilisation du sol et surtout de l'intensification des pratiques, principalement celles liées aux activités agricoles et sylvicoles. D'autre part, cette érosion est liée à la fragmentation et à la disparition des habitats naturels et semi-naturels, qui se traduit par une perte nette de surface utile pour la faune et la flore et par un isolement progressif des espaces préservés.

Le rétablissement de populations de plusieurs espèces a cependant été possible suite à des mesures de conservation ou de restauration des biotopes, ce qui tend à montrer que, dans certains cas, les situations ne sont pas irréversibles.

 

Conservation, restauration et valorisation du patrimoine naturel

. Faible proportion de sites protégés

L'acquisition, la protection et la gestion de sites de très grand intérêt biologique est historiquement la principale préoccupation des politiques de conservation de la nature. L'objectif est d'assurer à ces sites une vocation unique de conservation et de développement du patrimoine naturel. La mise sous statut de protection se fait principalement par l'intermédiaire des outils propres à la conservation de la nature (réserves naturelles domaniales, réserves naturelles agréées, réserves forestières, zones humides d'intérêt biologique et cavités souterraines d'intérêt scientifique).

Actuellement, seule une faible proportion de sites de très grand intérêt biologique ont reçu un statut légal de protection (environ 0,6% du territoire).

 

• Regain d'intérêt pour les parcs naturels

Instaurés par un décret de 1985, les parcs naturels sont des territoires ruraux d'un haut intérêt biologique et géographique soumis à des mesures destinées à en protéger le milieu en harmonie avec les aspirations de la population et le développement économique et social. Ils couvrent une superficie minimum de 5.000 ha d'un seul tenant.

Les parcs les plus anciens sont les Hautes-Fagnes-Eifel, les vallées de la Burdinale et de la Mehaigne, la vallée de l'Attert, les Plaines de l'Escaut. Il faut y ajouter le parc du pays des Collines et celui de l'Entre-Sambre-et-Meuse, récemment créés. Les parcs naturels des Hautes-Fagnes, de la vallée de l'Attert et des Plaines de l'Escaut sont transfrontaliers. La dynamique "parc naturel" connaît actuellement un regain d'intérêt avec une vocation orientée de plus en plus vers le tourisme. Le parc naturel de la Haute-Sûre est en voie de finalisation. Signalons également le projet de la Haute-Sambre et celui de la région du Haut-Pays hennuyer.

 

• Mise en place d'un réseau écologique européen

Le réseau écologique est un concept plus récent et qui n'est pas propre à la Wallonie; on le retrouve dans des pays limitrophes et au niveau européen.

L'objectif de la mise en place d'un réseau écologique est, tout en protégeant les zones de grand intérêt biologique, de développer des milieux permettant les échanges entre populations animales et végétales, de garantir ainsi leur maintien à long terme et d'assurer globalement une plus grande diversité biologique. Un réseau écologique concerne nécessairement l'ensemble d'un territoire.

Le réseau Natura 2000 découle de la directive 92/43/CEE dite "Habitats" désignant les zones spéciales de conservation auxquelles il faut adjoindre les zones de protection spéciale déterminées par la directive 79/409/CEE dite "Oiseaux".

La création d'un réseau de zones spéciales de conservation est destinée à assurer "un état de conservation favorable des habitats naturels et des espèces d'intérêt communautaire qui y vivent". Chaque Etat membre est appelé à désigner les zones de son territoire qui feront partie de ce réseau.

La détermination des périmètres des zones "Habitats" par la Région wallonne est en cours. Comme les zones "Oiseaux", elles comporteront un périmètre-cadre et, à l'intérieur de celui-ci, des habitats sensibles méritant un statut de protection intégral. La logique poursuivie est d'une part de protéger les zones de très grand intérêt biologique et d'autre part de veiller à ce que le contexte dans lequel elles se situent ne s'altère pas au point de remettre en cause le maintien des sites protégés.

La Région wallonne a déjà partiellement concrétisé la directive "Oiseaux" qui vise spécifiquement la protection de l'avifaune. Treize zones de protection spéciale (ZPS) ont été désignées. Celles-ci sont constituées de périmètres-cadres (représentent une superficie totale de 331.500 ha soit 1/6 du territoire wallon) au sein desquels la protection porte plus particulièrement sur des habitats de grand intérêt pour l'avifaune appelés "habitats sensibles", les sites les plus sensibles ayant été désignés comme "zones noyaux". De nombreux sites repris dans ces périmètres n'ont pas encore reçu les statuts de protection adéquats.

Au niveau wallon, le Plan d'environnement pour le développement durable retient la mise en place du réseau écologique parmi ses options. Des recherches méthodologiques et des travaux d'inventaire ont déjà eu lieu. La poursuite de la constitution de ce réseau sera l'un des volets du Plan Nature actuellement en préparation (ce plan constitue l'un des programmes sectoriels traduisant le Plan d'environnement).

La détermination des zones spéciales de conservation par la Région wallonne en application de la directive "Habitats" est en cours. Ces zones concernent non seulement les habitats sensibles des zones de protection spéciale mais aussi des habitats dont l'intérêt biologique justifie la protection soit en tant qu'habitats naturels, soit pour les espèces animales et végétales qu'ils contiennent. Certaines de ces zones justifieront d'être contenues dans des périmètres-cadres à l'instar des périmètres-cadres des ZPS, ce afin d'éviter leur altération par des phénomènes extérieurs.

La mise en place d'outils de type contractuel, c'est-à-dire se fondant sur une démarche volontariste des acteurs, est une tendance affirmée de ces dernières années. Elle trouve ses premières applications dans la mise en place des contrats de rivière et des expériences-pilotes de plans communaux de développement de la nature reprenant le concept de réseau écologique. Ces derniers ont trouvé un cadre légal depuis janvier 1998, par leur intégration dans les Plans communaux d'environnement et de développement de la nature.

 

Carte 13 – Patrimoine naturel

 

Des menaces et des potentialités diverses selon les parties du territoire

En tenant compte des différents éléments mis en évidence dans les autres approches sectorielles, il est possible de souligner de manière générale les principales tendances qui se dégagent au niveau sous-régional. Il est évident que des nuances existent au niveau local. L'objet est ici de donner une vision d'ensemble en termes de menaces et de potentialités.

Au nord du sillon Sambre et Meuse et plus précisément dans les zones soumises à une forte pression due à l'urbanisation, comme le Brabant wallon, le principal enjeu est de conserver des zones d'intérêt biologique de superficie suffisante et bien reliées entre elles, de façon à ce qu'elles puissent jouer leur rôle dans le réseau écologique; cela concerne la vallée de la Dyle et de la Lasne ainsi que celle de la Senne.

L'agriculture familiale traditionnelle devra notamment faire face au défi de la reconversion de l'agriculture dont une des évolutions possibles serait une intensification des pratiques. Cette adaptation peut également être perçue comme une opportunité à saisir pour tenter de diversifier les activités liées communément à l'agriculture (activités de loisirs, touristiques, produits d'appellation d'origine contrôlée, etc.). Cette tendance se dessine dans le Hainaut occidental notamment à travers la mise en place de deux parcs naturels.

La nécessaire reconversion du tissu industriel du sillon ne peut se faire sans tenir compte de la richesse existante ou potentielle des sites d'intérêt biologique qu'il recèle. Signalons notamment la plaine marécageuse de la dépression de la Haine, liée au bassin de l'Escaut pour lequel un projet de valorisation existe dans le cadre de l'objectif 1, et la vallée de la Haute-Sambre en voie d'être constituée en parc naturel.

La vallée de la Haute-Meuse constitue également un important maillon du réseau. Si, globalement, la valeur du patrimoine naturel y est élevée, les pressions y sont importantes. Elles sont notamment dues à l'expansion des activités de loisirs et plus généralement à la pression touristique qui est particulièrement importante dans des communes comme Dinant et Hastière. Les vallées de la Lesse inférieure et de la Semois inférieure connaissent une situation semblable. La reconversion de ces régions vers des vocations touristiques ou de loisirs est l'une des voies permettant de faire face au déclin économique qu'elles connaissent. Dans certains cas, cette reconversion se fait au détriment des milieux naturels, support pourtant essentiel du tourisme dit "vert".

Le cas de l'Entre-Sambre-et-Meuse, qui abrite un patrimoine naturel exceptionnel, est relativement similaire, bien que cette région soit soumise à des pressions moins importantes. La valorisation du patrimoine naturel y est également vue comme une opportunité en termes de reconversion, comme en témoigne le parc naturel qui se met en place.

Sur le plateau condruzien, région mixte culture-élevage, le secteur agricole suivra la tendance lourde qui se dessine, à savoir l'agrandissement des exploitations et la diversification des activités. Cette région connaissait déjà cette tendance et abrite globalement des ensembles naturels de moindre valeur. Son attractivité et sa bonne accessibilité par rapport aux pôles urbains induiront d'autre part une pression urbaine.

Dans les bordures forestières de l'Ardenne centrale, les enjeux de conservation de la nature se posent principalement par rapport aux pratiques sylvicoles qui, bien qu'en évolution, ne peuvent assurer les conditions nécessaires au maintien de nombreuses espèces. Plus globalement, à l'échelle de la Wallonie, la sauvegarde de la diversité des milieux forestiers est l'un des défis à relever en matière de protection de ce type de milieu.

Les domaines militaires tels que ceux de Marche-en-Famenne, de Lagland (abritant le marais de Landbruch, patrimoine majeur wallon) et d'Elsenborn occupent des surfaces importantes permettant le développement des cycles biologiques. Ils constituent des éléments essentiels du réseau écologique.

Ils sont actuellement affectés en zone de services publics et d'équipements communautaires destinée aux activités d'utilité publique ou d'intérêt général, ce qui autorise potentiellement leur urbanisation.

Les hauts plateaux ardennais tels que la Croix Scaille, le plateau de Saint-Hubert, le plateau des Tailles et les fonds de vallons qui y sont associés constituent, par la richesse et la diversité des milieux qu'ils abritent, des éléments fondamentaux du réseau écologique. De nombreuses réserves y ont été créées. Les pressions y sont relativement peu importantes. L'enjeu est de compléter ce réseau, d'assurer de bonnes relations entre ses différents éléments et de veiller à ce que l'évolution du contexte dans lequel ils se situent ne les mette pas en péril.

Il convient de prendre toutes les mesures pour maintenir l'élevage dans l'Ardenne centrale, car l'agriculture est le garant du maintien d'espaces ouverts face aux pressions de l'urbanisation et du boisement.

La vallée de la Haute-Sûre constitue un autre élément important. Un projet de parc naturel transfrontalier y est en voie de finalisation. Il devrait permettre de tirer parti de la pression touristique émergeant dans cette région, tout en ne mettant pas en péril la richesse du patrimoine naturel.

La région des Deux-Ourthe connaît une pression touristique croissante, induite notamment par le développement des activités sportives de plein air. Le cours inférieur de l'Ourthe, la région de Marche-en-Famenne et le cours inférieur de l'Amblève connaissent cette situation de concentration touristique depuis de nombreuses années. Tous les types de milieux sont touchés : cours d'eau, milieux forestiers, cavités souterraines, escarpements rocheux. Ces espaces abritent cependant toujours des milieux naturels de grande valeur; s'ils sont de moindre étendue que ceux que l'on retrouve sur les hauts plateaux, ils restent importants dans la constitution du réseau écologique.

Plus généralement, on peut penser que les régions au sud-est de Liège connaîtront une pression urbaine induite par la polarisation de plus en plus importante de cette ville et que le redéploiement économique de cette région aura des incidences sur les milieux naturels qu'elle abrite.

La région Hautes-Fagnes-Eifel fait partie historiquement des régions économiquement et structurellement faibles. Sa reconversion vers le tourisme et la culture s'appuie en grande partie sur la beauté et la valeur de ses milieux naturels.

La Lorraine belge, caractérisée par la richesse et la diversité de ses milieux naturels, connaîtra comme les autres régions herbagères une reconversion du secteur agricole susceptible, suivant les modalités développées, de porter plus ou moins atteinte au patrimoine naturel. Certaines parties de son territoire font également l'objet d'une pression urbaine ou liée au développement des activités économiques. Etant donné sa position dans l'aire de polarisation du Luxembourg et de la Lorraine française, ces tendances devraient se voir confortées.

 

Enjeu

Sur le plan du patrimoine naturel, l'enjeu principal peut être résumé comme suit.

Les conditions du maintien, du développement et de la mise en valeur des milieux naturels et des espèces protégées ou sensibles qu'ils abritent doivent être assurées dans l'optique du développement durable.